Prologue
Alors que le premier flocon tombait, on l’entendait chuchoter les secrets d’un comte hivernal prêt à commencer...
Un comté dans lequel j’aurais préféré ne pas en être la protagoniste, je vous l’assure. Mais voilà, ma vie ne m’a jamais appartenue et aujourd’hui encore moins...
Je balance le dernier sac poubelle du restaurant dans le gros container dans le bout de la ruelle qui donne à l’arrière du restaurant, et je m’accroupis en frottant mon front de la transpiration qui n’arrête pas de couler. Il est une heure du matin, et pourtant, il fait toujours une chaleur de tous les diables. Mais voilà le temps qu’il fait en Floride, et bien que j’y habite depuis dix ans, je ne m’y habitue pas.
Je ne suis pas née en Floride, mais bien à Juneau en Alaska jusqu’à la mort de mes parents, d’un accident de voiture survenu à mes seize ans. Seize ans... L’année où j’ai enfin réussi à déclarer mon amour au plus beau garçon de mon lycée qui était en terminale. Un garçon assez intéressant et super mignon, malgré son goût excessif pour tout ce qui touchait l’informatique.
Malheureusement, notre idylle a commencé quelques semaines avant que je ne doive déménager pour rejoindre mon frère Pearce... donc cela a été vite terminé... je ne suis pas partisane des amours à distances.
Mon cher frère avait quitté la maison au début de l’année dès sa majorité, voulant vivre enfin sa « Life » comme il disait. Oui, super « Life » ! Cet abruti avait déjà plus de dettes que je n’en aurais jamais dans ma vie, et j’ai dû abandonner mon idée de retourner à Juneau à ma majorité, pour retrouver mes amis... et qui sait lui aussi...
Me voilà donc à vingt-six ans, travaillant de nuit à la plongée, dans un restaurant et la journée faisant des ménages pour joindre les deux bouts, tout en essayant de combler les dettes de cet abruti.
En ce qui concerne les amis et les amours, c’est le néant total. Oui, il y a eu quelques amis, mais ils avaient un autre train de vie que le mien, donc cela n’a pas duré. Je me contente donc de travailler et de rentrer dormir quelques heures en espérant que cet abruti de Pearce n’ait pas encore fait des dettes quelque part d’autres.
Le réveil sonne et comme toujours, je le cache sous mon oreiller attendant les quelques minutes que m’offrent encore mon vieux portable avant de sonner à son tour. Je me tourne sur le dos faisant grincer les ressorts du vieux lit en passant mon bras sur mon front, tout en regardant le plafond jaunit de ma chambre. J’ai l’impression que je ne m’en sortirai jamais et que je vivrai ma vie ainsi jusqu’à ma mort.
Une sensation de vide se faufile à nouveau en moi et les larmes commencent à couler de mes yeux pour s’écraser sur mon oreiller. Voilà le quotidien de ma vie... Des larmes tous les matins et toutes les nuits, quand je m’endors en regardant ce foutu plafond jaunit. J’ai l’impression que je ne verrai jamais rien d’autre...
Certaines personnes seraient heureuses d’être à ma place, prétextant que c’est super la Floride, il y fait beau tout le temps, et qu’il y a des canons partout. Mais moi, tout ce que je veux, c’est retrouver le calme de mes seize ans où maman ouvrait la porte de ma chambre pour me réveiller. Je veux pouvoir descendre les escaliers de notre maison, et trouver papa buvant son café en lisant son journal que je secouerai pour qu’il me dise bonjour. Ce que je veux, c’est prendre le bus qui me conduit au lycée, où je pourrai le regarder discrètement sortir de sa Jeep et sourire en me demandant s’il a mis son parfum au goût café ou celui au goût vanille aujourd’hui. Ce que je veux, c’est vivre la vie que je me voyais vivre à seize ans plus tard… et pas cette vie pleine de tourments.
Mon portable sonne enfin sur la table qui me sert de bureau, et je grogne en sortant du lit pour m’étirer, avant d’aller le fermer. Une journée de folie m’attend comme tous les jours et je me penche sur le morceau de miroir que j’ai posé sur ma table, pour tenter de grimacer un sourire. Mon dieu, cela devient de plus en plus dur de le faire, mais j’ai promis de rester positive et cela commence avec mon abruti de frère.
Dean
Je vérifie à nouveau le dossier pour la vente du programme informatique que Chad a créé le mois dernier, et qui semble ne contenir aucun mauvais fonctionnement, avant de m’étirer en arrière sur ma chaise. Je jette un coup d’œil à la fenêtre vers le jardin en regardant le jardinier déblayer la poudreuse de cette nuit. Je ne sais pas quelle heure il est, mais je pense que j’ai encore passé la nuit à travailler. Je me lève de mon bureau en refermant mon ordinateur portable, pour qu’il puisse charger avant de me rendre au bureau et je sors d’ici pour aller dans la salle à manger.
Albert, le majordome, n’est pas encore en train de se balader dans la maison, ce qui signifie qu’il est bien plus tôt que je ne le pensais, et je profite de ce moment pour filer dans la cuisine me faire un café avant qu’il n’arrive. Aujourd’hui, je vais vivre une journée chargée à nouveau en émotion, donc comme ces jours-là, Albert apparait plus tard dans la maison.
Je regarde le café qui coule dans ma tasse, en me demandant comment je vais encore survivre à cette journée. Certes, Dany sera là, mais il y aura aussi des tas de gens qui vont vouloir me tendre la main et que je vais devoir recadrer une nouvelle fois.
Toute personne vivant à Juneau est au courant que je ne supporte pas la présence de la foule, et surtout que l’on me touche. Ce n’est pas un syndrome de folie d’un des hommes le plus riches d’Alaska, mais bien une maladie que je me trimballe depuis plus de treize ans maintenant. Mon père pensait au départ que cela passerait avec quelques thérapies et de la patience… qu’entre nous, je n’ai pas du tout.
Mais celui-ci… comme tous les gens qui me connaissaient à ce temps-là, a vite compris que c’était plus profond que cela, quand j’ai même commencé à avoir des brûlures et des boutons sur le corps à chaque contact même anodin. Que ce soit une poignée de main, un frôlement... C’était clair que je ne supportais plus aucun contact. Génial pour le capitaine de l’équipe de hockey du lycée.
D’après un neurologue réputé, je souffre d’Haptophobie ; une peur déraisonnée des contact physiques depuis le jour de cet accident en train. Je grince des dents rien qu’en y repensant et je ferme le Senséo une fois ma tasse de café finit.
Donc me voilà âgé de vingt-neuf ans, habitant seul dans cette immense demeure où pourrait vivre une équipe de football d’ailleurs. N’ayant pourtant jamais aimé les études, mais étant le petit fils et le fils des Wyatt ; les plus grands banquiers d’Alaska, je n’ai pas eu d’autres choix que de trouver ma voie.
Après une année sabbatique, où j’ai appris à gérer ma vie du haut de mes dix-sept ans, en évitant n’importe quel contact et accessoirement, les gens. Car oui, je m’enferme tellement chez moi, que j’ai développé un trouble d’anxiété sociale en prime. Enfin, j’ai quand même suivi mes cours en ligne ou avec un professeur particulier, qui venait que quelques heures par semaine, où je m’enfermais dans un genre de cage en verre. Oui, oui comme un rat de laboratoire.
Les seules personnes qui ont le droit de rentrer chez moi sont mon père, le grand Robert Wyatt, un mec méprisable pour les gens qui le connaisse… mais qui se fait charmant devant les autres, sachant les retourner en deux paroles et un regard. C’est bien quelque chose que j’ai certainement hérité de lui, je n’ai effectivement aucune délicatesse avec les gens qui essayent de m’approcher. D’ailleurs la pauvre Dany, ma secrétaire et seule amie qu’il me reste depuis le lycée me connait par cœur… ce qui facilite du coup la cohabitation quand elle vient à la maison pour travailler.
Je monte dans ma chambre et je dépose ma tasse sur le meuble des lavabos, avant de faire couler l’eau de la douche. Je vais devoir prendre plus que sur moi aujourd’hui, pour ne pas m’écrouler et finir par me sauver de ma propre entreprise une nouvelle fois.
Il y a des jours, j’aurais préféré ne pas faire partie des dix seuls survivants de ce train il a treize ans.
Chad
Je me réveille encore durement ce matin, angoissé plus que possible en pensant à la réunion de présentation de mon projet par Dean, aux investisseurs de sa compagnie d’informatique. Bon, je sais que je ne devrais pas m’en faire… en six ans, je n’ai jamais connu un échec. Bien entendu si on ne parle pas de ma vie sentimentale qui est plus que morne en ce moment. J’ai dit en ce moment… non je voulais dire depuis toujours en fait.
Ah si, quand j’arrive de sortir de mon entrepôt, je me détends de la meilleure manière en allant picoler et en ramenant une fille chez moi… mais cela n’est que pour une nuit. Oui, tout ça est un peu stupide je sais, mais j’ai une fille qui traine dans ma tête depuis plus de dix ans et que je n’ai jamais pu oublier.
Ah mon dieu, rien que de penser à elle, le bas de mon ventre est déjà en train de se réchauffer, tout comme mon membre d’ailleurs. Mais voilà, j’ai perdu espoir depuis longtemps de la retrouver malgré mes recherches sur internet, et tous les sites illégaux dont je ne citerai pas les noms, au cas où un agent du FBI serait en train de lire.
Cette déesse aux cheveux châtains restera à jamais dans mes rêves, ou dans mes programmes comme intelligence artificielle. Un petit programme que j’ai réalisé au cours de ma première année d’université, qui m’a valu le premier prix en informatique, comme toujours d’ailleurs.
Pourtant, cela ne me suffit pas et en pensant à mon meilleur ami Dean et à sa maladie, j’ai l’intention de me motiver dans un nouveau défi. Je passe ma main dans mes cheveux ébouriffés et gras en regardant vers l’horloge.
Et merde ! Je vais être en retard si je ne me dépêche pas à arriver à cette réunion.
Dean est mon meilleur ami, mais une fois qu’il se trouve à l’entreprise, c’est le diable en personne. Sa maladie est vraiment un frein à toute vie sociale et le rend vraiment irritable. Pourtant, notre relation amicale a commencé directement par vidéo interposée, alors que nous suivions le même cursus à l’université. On s’est trouvé énormément de point commun, surtout pour l’informatique. Il a été d’une très grande aide en lançant sur me marché mon premier programme dont personne ne voulait.
Il m’a sorti des dettes que j’avais faites, en louant un affreux entrepôt pourri et en achetant du matériel pour me lancer. Aujourd’hui, le bâtiment m’appartient et j’ai fait un genre de studio à l’étage pour y vivre. Je n’ai besoin de rien de plus dans ma vie, car tout ce que j’aime se trouve ici.
Je m’apprête à monter l’escalier pour aller me préparer quand mon regard se porte sur PTS. Un jour, tu offriras une aide inconsidérable aux personnes atteinte d’Haptophobie ou de phobie sociale.
Un jour, tu permettras à des gens comme Dean de pouvoir avoir une compagnie dans leur vie solitaire.








