Chapitre 1 ~ Bienvenue dans mon monde
Je monte dans l'avion avec mes deux petits singes... Derek et Darrius. Je rentre chez moi, dans ma meute d'origine. À la maison ! J'ai l'impression que ça fait une éternité que je n'ai pas utilisé ce mot. Pourtant, cela ne fait que deux ans et demi.
J'installe les garçons sur leurs sièges. C'est un vol de onze heures. J'ai le pressentiment que nous allons être TRÈS populaires le temps d'arriver à Casper ! Les enfants en bas âge ne voyagent pas très bien...
Une fois en l'air, les garçons dorment enfin. Je me détends et je décide de me reposer tant que je le peux encore. Je pose ma tête en arrière et les souvenirs envahissent mon esprit.
Mon frère et moi sommes nés le même jour, avec deux ans d'écart. Quand nous étions petits, cela provoquait des batailles royales. Ses fêtes étaient toujours sur le thème des super-héros et les miennes sur les princesses. On faisait toujours tout ensemble, tout était partagé.
Ses dix-huit ans marquaient aussi sa cérémonie d'ascension. Des Alphas du monde entier étaient présents. Notre père, Peter Moore, allait devenir Conseiller Supérieur. C'était un homme important !
C'était aussi le jour de mes seize ans, et Lenore voulait qu'on sache qu'elle était là ! Dès le début de la cérémonie, j'ai senti qu'elle s'agitait dans ma tête. Ce n'est pas inhabituel, puisque nos loups apparaissent pour nos seize ans. Ils ne se transforment simplement pas avant deux ans. Cela permet à l'humain et au loup de créer un lien total.
Elle m'a murmuré qu'elle allait se transformer parce que son compagnon était là. Je me disais : « Quoi ? Non ! C'est trop tôt ! » Mais elle ne m'écoutait pas. Je veux dire, c'est ma meilleure amie maintenant, mais elle n'écoute jamais rien !
J'ai quitté la cérémonie. Je ne voulais pas gâcher le grand jour de mon frère. Je nous ai emmenées dans la prairie, près de l'étang. J'ai enlevé mes vêtements et je me suis allongée au milieu des fleurs de lune.
Ça a dû prendre plus d'une heure, mais j'ai fini par regarder mon reflet dans l'eau. Elle était magnifique ! Elle était grande, très grande pour une louve. Elle était d'un blanc pur avec des yeux bleus brillants... et des tatouages bleus sur le visage et la tête. C'étaient les signes distinctifs d'une louve guérisseuse bénie.
Après l'avoir laissée jouer un peu, nous avons repris forme humaine. En me dirigeant vers la réception de mon frère, j'ai failli tomber à la renverse. J'avais senti l'odeur la plus séduisante de toute ma vie. Un mélange de cuir et de menthe... c'était enivrant.
Un homme est sorti de derrière un arbre. « Je t'ai vue te transformer. Ta louve est incroyable ! » J'étais timide. Je savais qu'il était mon compagnon, mais je n'osais pas parler. Il s'est approché de moi, a pris ma main dans la sienne et a murmuré : « Vanille et romarin... c'est merveilleux. Je suis Kieran Knight de White Satin. Et je vais t'embrasser. »
Nous avons passé toute la nuit ensemble. Et le matin, il était parti. J'ai couru en bas pour le chercher, mais je suis tombée sur mon père. Il m'a demandé : « Chérie, peux-tu nous rejoindre ton frère et moi dans son bureau ? » J'ai essayé de lui dire que je devais d'abord trouver quelqu'un, mais il m'a répondu qu'il savait déjà qui.
Dans le bureau d'Alec, on m'a annoncé la nouvelle : « Kieran nous a dit que tu étais sa compagne. Il est reparti dans sa meute tôt ce matin. Il t'a laissé un mot, mais il nous a précisé qu'il ne comptait pas te rejeter. Il ne veut juste pas de compagne. Enfin, pas pour le moment. Il a beaucoup d'ennemis qui essaient de le faire tomber. Il a peur qu'ils s'en prennent à lui en te faisant du mal. »
À ce moment-là, les larmes coulaient déjà. J'ai ouvert la lettre. En la lisant, mes larmes ont séché. Une détermination absolue m'a envahie. Il allait le regretter ! Il n'avait plus qu'à espérer que je tienne encore à lui le jour venu. La lettre était courte et d'un égoïsme pur.
Ma chère Calista…
S’il te plaît, essaie de comprendre ma position sur notre lien. Tu es une fille charmante et si j’avais pu me contrôler, ce qui s’est passé hier soir n’aurait pas eu lieu. Mon loup, Onyx, a pris le dessus dès qu’il a senti ton odeur. Je suis désolé, je ne voulais pas profiter du lien. Je ne peux pas avoir de compagne. Pas encore. Mes ennemis pourraient te tuer juste pour m’affaiblir. Je ne peux pas passer mon temps à te protéger alors que j'ai toute une meute à défendre. Je déteste les scènes, c’est pour ça que je suis parti ainsi. Je te souhaite le meilleur et j’espère qu’un jour nous pourrons être amis.
C'était tout ! Amis ! J'ai quitté la meute le jour même. Je suis partie vivre dans la meute du frère de ma mère, près de Dunkerque. J'ai étudié la guérison, les herbes, les plantes et les fleurs. J'ai appris à fabriquer des potions, des toniques et même des cataplasmes. J'ai traversé une grossesse. Seule ! J'ai mis au monde mes fils, puis j'ai commencé l'entraînement. Je suis devenue experte au corps à corps et au maniement des armes. J'ai un faible pour le tir à l'arc et le combat à l'épée.
Les garçons se réveillent au milieu du vol. Je les emmène aux toilettes, puis je leur installe un plateau de collations et des jus de fruits. Une fois qu'ils ont mangé, je leur donne à chacun une tablette. Je mets le même film pour les deux, sinon ils se battent ! Ils sont le portrait craché de leur père : des cheveux noirs bouclés et des yeux verts. Ils sont identiques en tous points et les gens n'arrivent pas à les différencier. Ça me fait toujours rire !
Étonnamment, ils ont été très sages. Peu avant l'atterrissage, ils ont commencé à être grognons, mais c'est compréhensible. Moi aussi, j'étais d'humeur massacrante ! Je les ai emmitouflés dans leurs parkas et j'ai enfilé ma veste. Prêts à affronter le froid du Wyoming, nous sommes descendus de l'avion.
Alec m'attend à la récupération des bagages avec son Bêta et meilleur ami, Simon. Il m'a repérée et a accouru vers moi, mais il s'est arrêté net en voyant mes fils. « Callie ? Explique-moi ça ! » J'ai ri : « Alors, devenir Alpha n'a pas augmenté tes capacités cérébrales... C’est bon à savoir ! Alec, laisse-moi te présenter tes neveux. Derek, Darius, serrez la main de vos oncles. Celui-là, c'est Alec. Et l'autre, c'est Simon ! »
Alec a posé un genou à terre et a serré les deux garçons contre lui. Les larmes aux yeux, il a murmuré : « J'ai raté tellement de choses ! Pourquoi tu ne nous as rien dit ? J'aurais été là pour toi ! Ça me rend malade de savoir que tu as traversé ça toute seule ! »
J'ai souri et je l'ai pris dans mes bras en disant : « Au début, j'étais en colère, j'avais honte. J'avais beaucoup de rancœur contre Kieran. Puis j'ai décidé que je ne serais pas cette personne-là. Je suis plus forte que je ne le pensais. J'ai tout appris sur mes dons et je me suis entraînée pour devenir une guerrière. À la compétition du mois dernier, j'ai fini troisième contre les mâles et première chez les louves ! Je ne suis plus la petite fille de seize ans qui est partie il y a deux ans. Je ne serai plus jamais aussi naïve ! Le moment ne me semblait jamais être le bon pour vous parler des garçons. »
Simon m'a serrée dans ses bras et a demandé : « On les installe où ? On n'est pas vraiment équipés pour des gamins ! » J'ai ri de nouveau : « Leurs sièges auto sont aux bagages. Allez ! Ramenons-les à la maison. Ils sont fatigués, ils ont faim et ils ont soif. Crois-moi, c'est le mélange idéal pour un désastre. Ils se transforment en démons et il y a de la casse ! »
Alec a attrapé les deux garçons et a dit à Simon de prendre les valises. J'ai aidé Simon à charger tout mon barda et j'ai attaché les enfants. Dès que nous avons pris la route, les deux petits ont commencé à réclamer des nuggets, à boire, à demander si c'était encore loin, si on était bientôt arrivés.
Le pick-up a ralenti et j'ai levé les yeux. Alec s'arrêtait au McDonald's et demandait aux garçons ce qu'ils voulaient. Ils allaient répondre quand j'ai coupé court : « Non ! Vous aurez des nuggets, des frites et un jus de fruit. Pas de McFlurry, pas de chaussons aux pommes ! » Puis j'ai regardé mon frère : « Ils auront deux ans dans trois jours, mais ils réfléchissent comme des enfants de cinq ans. Ne leur donne jamais le choix. Ils vont te rendre fou ! »
Une fois repartis, Simon s'est retourné sur son siège : « Comment tu t'appelles, mon bonhomme ? » Ce à quoi Derek a répondu : « Darius ». J'ai poussé un soupir. Le vrai Darius a ajouté : « C’est pas Darius ! Lui, c’est Derek ! Il aimerait bien être Darius, c’est tout ! » Une dispute a éclaté immédiatement. J'ai souri d'un air angélique et j'ai dit : « Bienvenue dans mon monde ! »








